• Article N°31 J'ai écrit à l' Inspection académique

                                                                          Blog de plumette :De son sang à mon encre, Article N°31 Inspection académique

    Metz le 11 Juin 2009

    Mesdames et Messieurs de l’inspection académique,

     
    Veuillez accepter ma gratitude anticipée pour la lecture attentive de ma lettre, vous décrivant l’existence d’une faute grave, commise dans le secteur santé au sein des établissements scolaires.
     

    Je précise que ma démarche n'est destinée qu'a permettre que ce qui n'a pas été fait pour nous, se fera peut être pour les autres familles, puisque pour nous, il est trop tard.
     

    Je suis la mère d'….., au cœur et au corps éternellement meurtris, et je vais exposer la vérité sur son affliction, sans vous livrer la cause de son mal-être, dans lequel elle se débat depuis ses treize ans, car pour des raisons qui nous sont propres et la continuité de sa vie, cela ne peut être divulgué ici. Elle seule peut en parler.

    Votre discernement et certains événements subis par d’autres jeunes adolescentes vous l'évoqueront.

    Puisqu’ils l’ont aidée à le taire, je vais raconter son silence qui n’a rien de naturel, un silence protégé, provoqué par négligence, un silence que je ne pardonnerai jamais à tous ceux qui, de près ou de loin, ont, par mégarde, par négligence ou par simple ignorance, d’une façon comme d’une autre, contribué à alourdir la vie d’une enfant scolarisée de la troisième à la terminale.

    Je ne peux pas en énumérer ici toutes les étapes.
     

    Que la Commission qui s'occupera de notre histoire cherche, elle trouvera.
     

    J’affirme que le système éduco-social, caution de la santé de ma fille dans vos établissements pendant ses heures de présence, était le premier en termes de responsabilité relative à l’effroyable erreur de jugement qui a conduit ma fille à l’irrévocable. 

    Nous savons cependant à ce jour, que sa souffrance et sa détresse persistaient depuis un certain temps déjà lorsqu’ A….. a été admise à l'infirmerie du Lycée et que la cause s'est produite l'année précédant son entrée en seconde.
     

    Des entretiens soutenus, des soins ont été prescrits à l’enfant, au corps accablé et dolent, qui fut même envoyée aux urgences hospitalières, accompagnée d'une amie, un après-midi de Janvier, alors qu'elle n'avait que 17 ans et que, là encore, on ne m’a pas prévenue.
     

    Aucune indication, aucune alerte, aucun rendez vous ne m'a été transmis ni demandé.
     

    Rien ne fut entamé, ni aucun a priori ne fut posé sur l’obstination de ma fille à tout cacher de sa souffrance.
     

    Les adultes n'auraient-ils pas du a cet instant prendre le relais et avertir les parents ??? 
     

    Ne prône-t-on pas la communication à l'Education Nationale?
     

    Une investigation méthodique et raisonnée aurait démontré qu’il ne pouvait s’agir de simples maux, puisque ma fille s'automutilait au lycée et que pratiquement tous les jours, on lui prodiguait des soins.

    Année où son moral et ses pleurs ont alerté quelques uns de ses professeurs.

    Les mêmes qui m'ont reçue lors des réunions "parents/profs". Et pourtant !!!

    Je n'en ai jamais manqué une seule, leur répétant à chaque fois, que je conduisais les bus de la ville, que mes filles 13 et 10 ans se géraient seules avec l'aide d'une étudiante qui venait chaque jour et sur des années aider aux devoirs et que, par conséquence, rentrant tard, je précisais que si je passais au travers d’un souci quelconque, je devais être prévenue.

    Je leur ai précisé que le seul moment où je me sentais tranquille quand je conduisais les bus, était quand elles étaient à l'école, car je me disais que là, s’il leur arrivait quelque chose, je serais immanquablement informée !
     

    Mais… Bons résultats scolaires et enfant sérieuse, donc rien à ajouter !
    On s’entêtait donc à laisser la souffrance dans le silence le plus total, lui conseillant tout de même de se rendre au Centre d'Accueil de Soins pour Adolescents. Ce qu'elle fit. En cela je les en remercie.

    On pleure lorsque son enfant souffre.

    On souffre d’autant plus lorsqu’on se voit impuissant, mais là, je ne savais rien, car comme tout enfant en souffrance, A…. était maitre du camouflage.
     

    Mais EUX !!! Infirmiers et professeurs !!! EUX !!! Ils savaient !!!
     

    C’est en l’état que je vous écris.

    Je ne vais pas rappeler ici tout ce qui est dit sur ce fléau qu'est l'automutilation, cela prendrait des pages et des pages.

    Mais je dirai tout simplement ceci : alors qu’on incite à approfondir les recherches sur le mal être chez les jeunes, à faire campagne sur les addictions, ne négligeant pas le moindre aspect et surtout faire œuvre d’expérience et d’excellentes visions, les professeurs et infirmiers des établissements scolaires savent qu'il y a, à ce jour de nombreux automutilés dans leurs enceintes.

    Cela ne justifierait-il pas que les parents en soient avertis ???
    Si elle avait cassé un carreau, ne l'aurait-on pas fait ?
    Si elle avait eu des absences injustifiées, ne m'aurait-t-on pas là encore prévenue ?
    Si seulement quelqu'un avait pu me dire, quand A….  avait 13 ans, qu'elle paraissait aller mal, rien qu’un indice !

    Nous serions, nous parents, intervenus à temps pour la faire soigner et suivre par des spécialistes en la matière et nous aurions mis tout en œuvre afin de sauver notre enfant d’un fléau dont nous ignorions même l’existence. 
     

    Même si c'est ce que nous faisons actuellement, six ans après et ce, depuis sa terminale, car A….  a été hospitalisée dès lors que nous l’avons su, nous n'en serions peut être pas encore à aller voir notre fille dans un hôpital psychiatrique, parce qu'il y a, ancrées en elle, six années de souffrance.
     

    Que ce témoignage vous démontre comment la faute a pu être perpétrée, comment elle a été occasionnée à la demande d'un enfant qui a peur des réactions des adultes.
     

    Depuis, chaque jour, je me demande comment une aussi grave erreur a pu être commise.

    A partir de là, plus rien ne pouvait se rattraper.

    Et les rudes épreuves morales, les souffrances physiques d'A…., son continuel cri de douleur en allant pratiquement chaque jour à l'infirmerie, quittant les cours, sous le regard interrogateurs et soucieux de ses professeurs, font d’elle et de nous, ses parents, les victimes non résignées, soumises à l’arbitraire de ceux qui voudront bien nous entendre.
     

    Partant, du milieu hospitalier où nous nous sommes retrouvés, du désordre des professionnels, qui caractérisent sur ce fait l'Education Nationale, je ne vais pas vous dire ici le cheminement de notre combat, ni relater les faits dans leur détail. 

    C’est en considération de ces  graves faits où Alice n'a eu de complices que dans le secret, là où le  devoir était d’assister particulièrement l’enfant qui se portait très mal et qui était en danger puisqu'il a fallu la suturer aux urgences hospitalières. 
     

    Ce n'est qu'en découvrant que ma fille devenait anorexique, que j'ai découvert qu'elle s'automutilait et que j'ai, dans les plus brefs délais, demandé un entretien avec l'infirmière du lycée. 

    La même qui soignait A….  lors de ses crises et coupures. 

    Après avoir nourri des doutes légitimes face à sa réticence à me parler, j'ai demandé à la voir afin de lui soumettre mes inquiétudes et mon incompréhension face à ces non-dits.

    Quelle ne fut pas ma colère et mon désarroi de l’entendre me parler de "secret professionnel" et avancer des certitudes absolues sur le fait qu'elle ne pourrait toujours pas m'en dire plus et de ne pas m'inquiéter outre-mesure.

    Je l'en remercie partiellement, car elle l'a fait en partie, mais dans le temps et ne voyant pas d'amélioration, elle aurait du comprendre que cela devenait inacceptable déontologiquement de persister à ne pas me prévenir.
     

    Elle avait la conviction profonde de ne faire que son travail, précisant qu'il y en avait d'autres, énumérant aussi les autres établissements touchés, banalisant par là-même ces faits gravissimes.

    Elle me disait qu’elle ne prévenait les parents que lorsqu’elle estimait que l’enfant blessait une partie vitale.
     

    Certes, A….  n’a pas touché d’endroits vitaux, mais elle est désormais dépendante.

    Peut-être à vie.
    Est-ce la certitude qu’ils détiennent la vérité qui rend ces gens si cruels ?
     

    Devant tant d’assurance et de certitudes, la colère commençait à me ronger et la détresse m’envahissait.
    Aujourd'hui, en tant que mère, je me dois de remplir ce devoir jusqu’aux limites humainement admises.

    J’ai décidé d’outrepasser le seuil de la bienséance et de l’humilité et je poursuis mon combat. 

    Je me suis adressée une nouvelle fois à tant de gens, médecins, infirmiers, collègues, amis, famille, père d'A….  et tous se demandent pourquoi et comment ce laisser-aller est possible chez nous, en France, dans nos établissements scolaires.

    Nous avions tous la conviction que cela ne pouvait pas arriver dans nos Collèges et Lycées.

    Les conséquences qui en découlent sont graves.
    Nous vivons des moments de terrible angoisse. A….  ne pouvait pas nous dire la vérité sur la cause de sa souffrance, elle n’osa pas, dans le tourment sans doute de la honte, certainement aussi dans la terreur de se voir subir les affres de l’humiliation qui suit certaines confidences, mais « Eux » auraient du le faire et prendre le relais, outrepasser les non-dits. 

    On se demande tous avec stupéfaction qui sont les auteurs de cette situation.
     

    Voilà donc, le long cheminement vécu, jalonné de souffrances, suite à de mauvaises appréciations.
     

    Le courage m'est venu d'écrire cette lettre, après qu'A…. m'ait enfin parlé et dans notre discussion, une phrase m'a interpellé.
     
    Je cite :
    - « Maman, c'était de ma faute, je les avais suppliés de ne rien te dire » 
    - « Mais …. toi tu n'étais qu'une enfant et tu ne pouvais avoir que ce  rôle ! 

    Tout enfant se sentant en faute, ou coupable, demande que l’on n’appelle pas les parents, mais tu sais, les gendarmes, les policiers, les enseignants, le font malgré tout, non pas pour les dénoncer, mais pour leur bien, afin que ce qui ne va pas cesse, avec l'aide des parents.

    Pourquoi n’ai-je rien vu, …. ? »
    - « Maman, tu ne pouvais pas voir, quand j’ai commencé, en troisième : je ne faisais que de toutes petites coupures, toutes fines et peu profondes, qui ressemblaient à des griffures de chat, et comme nous en avions un…» 

     
    Madame il s’agit là d’une vérité dont j’assume les conséquences et je sais que s’il arrivait à ma lettre d’être publiée, je cours le fort risque de devoir l'expliquer devant les médias.

    Je l’accepte.

    Je suis prête à affronter tout ce monde que je dénonce pour non-assistance à personne en danger.

    Non pas seulement pour les incriminer, mais pour qu'ils comprennent que si on ne peut pas tout dire, on ne peut pas non plus tout taire et que le professionnalisme est justement de savoir faire la différence et à quel moment outrepasser le seuil du silence.

    En mon âme et conscience, je n’ai fait que mon devoir de mettre au grand jour les événements qui ont fait de moi, de ma famille, de mes amis, de mes collègues, des médecins, des infirmiers, de mon entourage, des uns et des autres, "des gens révoltés et dépassés" qui ne comprennent pas pourquoi on ne m'a pas prévenue.
     

    Je me permets de préciser à nouveau que ma démarche n'est destinée qu'a permettre que cela ne puisse plus arriver aux autres car le combat à mener, après que l'on sait, est plus difficile et épuisant  que d'entendre certaines réalités qui n'en sont pas moins déchirantes et destructives.
    A ce jour, ….. a 19 ans et se bat toujours contre cet asservissement.
     

    Elle a pu mettre des mots sur la cause de son malheur mais, malgré toutes ses hospitalisations et tout ce qui a été mis en œuvre pour la sauver, ne peut toujours pas s’empêcher de s’automutiler.
     

    Les psychiatres précisent que s’il est possible de traiter diverses addictions, le taux de réussite chez les automutilés est infime, voire nul.
     
    Je reste bien évidemment à votre disposition pour d'éventuelles et plus amples explication justificatives.
     
    Par avance, je vous remercie de la suite péremptoire que vous ne maquerez pas d’actionner.
    Veuillez, Madame,  agréer l’expression de mes respectueuses salutations attachées à votre personnalité.
     

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