• Article N° 39 Laissez-nous souffler

      

                                                                                Blog de plumette :De son sang à mon encre, Article N° 39 Laissez-nous souffler

     

    27 juin 14h14

    Quand nous sommes entrées, toi et moi, dans le bureau de ton médecin, nous avions la peur au ventre.

    Ton père devait nous rejoindre, mais n'était pas encore là.

    Dans l'immédiat, il nous fallait être convaincants, pour lui exposer la solution que j'avais trouvé,  en ménageant  les susceptibilités de chacun.

    Celle-ci nous permettait de trouver chacun notre compte, sans avoir ni à perdre la face, ni à avoir un sentiment d'échec.

    Papa est arrivé pratiquement au début de l'entretien.

    J'ai donc commencé par dire qu'à ce stade, nous n'en pouvions plus.

    Et que, pour des raisons qui étaient propres à chacun, nous étions dans l'impasse.

    Que la situation dans laquelle nous nous trouvions tous devenait inacceptable pour chacun avec des motifs différents.

    J'ai vite compris que le docteur nous écoutait et qu'elle était ouverte à toute suggestion.

    Quand elle nous a dit « que proposez vous ? »

    C'est là, je crois, que mon cœur a battu de façon inquiétante.

    « Eh bien, voilà...

    Je pense que nous avons tous besoin d'un break, car nous n'en pouvons plus.

    Notre fille est là depuis presque 2 mois déjà, et je pense qu'il serait bon maintenant qu'elle revienne à la maison, sans pour cela lever l'HDT, car nous sommes conscients qu'elle a encore besoin de vous, pour certains soins.

    Prendre du recul et souffler un peu fera, je crois, du bien à tous.

    Nous sommes face à une situation qui devient une impasse, d'où la nécessité de faire autrement. »

    Oh, comme je tremblais, en lui disant cela. Etais-je assez convaincante ?

    En même temps, je n'avais pas le temps de réflechir aux mots.

    Laisser parler mon cœur de Maman, ou celui de Papa, était notre meilleur atout et surtout le plus crédible.

    Nous avons vite compris, que nous étions face à une dame très humaine, qui avait à cœur elle aussi de trouver une solution.

    Peut être avait elle aussi compris que de toute façon, nous allions t'emmener.

    Non seulement elle a accepté, mais aussi a approuvé, et même conseillé de partir un peu ailleurs, loin de nos habitudes, de la routine, ce qui ferait du bien à tous et serait bénéfique à la santé de chacun.

    ALLELUIA !!! WAOOOH !!! ELLE NOUS AVAIT COMPRIS !!! ENFIN QUELQU'UN NOUS AVAIT COMPRIS !!! 

    Les cœurs soulagés, nous sommes sortis, une ordonnance à la main et une seule condition, que nous avons bien entendu accepté.

    Gilles et Adrien nous attendaient et redoutaient de nous voir arriver avec des mines déconfites.

    Je sais que tout ceux qui nous aiment étaient, cet après midi là, dans la même attente, avec la même peur.

    Même ma chef, me laisse souvent un petit mot.

    C'est la seule de mon travail, mais qu'importe, je ne les estime plus.

    Nous sommes arrivés, après tant d'intolérance, au point de rupture et leurs critiques n'ont plus le même impact.

    J'en apprécie d'autant plus la gentillesse de ceux qui s'inquiétent autant de toi que de moi.

    Ce n'est pas de certain que j'attendais cet humanisme, mais de mes amies qui, finalement, ont jugé avant les autres et voire même condamné, car elles ont tenu des propos déplacés, allant jusqu'a hypothéquer notre avenir. 

    Précisant, qu'il était temps que j'arrête de perturber tout le service avec mes besoins de changements d'horaire et que de toute façon c'était pour rien, car tu ne t'en sortirais pas. 

    Qui peut-être aussi inhumain et affirmer ainsi une telle chose à une mère qui déjà était à terre, rien qu'à l'idée que cela puisse arriver ?

    Et pourtant, cela a été dit. Par la suite, c'est l'indifférence accompagnée du silence, qui a pris la place de l'amitié.

    Tu imagines bien, mon enfant, que travailler dans ces conditions a été une dure épreuve.

    Ce n'est pas seulement ce drame famillial qui m'a eu à l'usure, car avec du soutien et la compréhension de chacun, j'aurais pu associer, même péniblement, mon travail et ma vie privée, surtout qu'entre temps, un mec bien a été nommé responsable.

    Se sentir comprise ou même mieux encore, soutenue sans être comprise, m'aurait aidé à tenir le coup.

    Comme l'a fait une seule collègue. Comme l'a fait mon chef,en ne m'incriminant pas pour mon absence. 

    Hélas il est arrivé trop tard dans mon malheur et n'a pu éviter cette déstabilisation.

    Comme aujourd'hui, avec ce médecin. Comme à présent avec le soutien de ton Papa.

    Comme avec Gilles qui, toujours, est à la hauteur dans tant de détresse.

    Lui, qui était là pour le meilleur, partage à ce jour le pire.

    Comme avec tout ces gens qui restent à nos côtés, malgré notre tristesse.

    Jusqu'à ton ancien directeur de la primaire en même temps que directeur d'Enchantillage, qui revient dans nos vies et qui veut mettre sa pierre à l'édifice, comme il dit, de ta reconstruction.

    Alors oui, ma douce, ça, plus ça, plus ça, nous y parviendrons et je bénis tout ceux qui nous auront aidé à cela.

    Au moment de partir, après que tu aies rassemblé tes affaires, quelques-uns de tes compagnons d'infortune sont venus te dire des mots d'amitié et de soutien après ton isolement.

    Cela nous a tous énormément ému. Là encore, le réconfort est venu d'où on ne l'attendait pas.

    Bizarrement, dans la voiture qui nous ramenait à la maison,  personne ne parlait.

    On était comme ceux qui reviennent de la guerre, heureux mais aussi détruits.

    La peur aux tripes d'avoir a y retourner. Pour le moment, nous étions en plein rêve et je crois que nous ne craignions que les mots viennent gacher tout cela...

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