• Article N° 68 Si je ne peux réécrire l'histoire...

      

       

                                       Article N° 68 Si je ne peux réécrire l'histoire...

     

    27/02/2010 à 14h46

    Quand nous avons repris la route qui nous ramenait à Metz, tant de choses et de sentiments contradictoires se bousculaient en moi.
    Qu'est-ce qui nous attendait et qu'est-ce que nous laissions ?
    Ce trajet doit être notre dernier dans ce sens.
    Il intervient six mois exactement après notre premier départ pour Bordeaux.
    Où serons-nous dans six mois encore ?
    Qu'est-ce que le sort nous réservera ?
    Saurons-nous survivre à cette expérience ?
    Ces quelques mois me semblent autant une bien petite distance qu'un gouffre.
    Nous avons laissé le Navire Abadie et son équipage, le cœur gros et la tête pleine de projets.
    Qui aurait dit cela, alors que plus personne ne mise sur nous ?
    Comment gérer toute cette envie, de retrouver ce qui nous attendra demain, si tout va bien.
    Abadie nous a tant donné et nous a apporté le nécessaire pour affronter tant de moments délicats.
    Il me semble qu'à présent, nous leur témoignons une tendresse particulière, comme si nous passions dans une autre dimension.
    Un mélange subtil et dévastateur de souffrance morale et de lumière, de doutes et de certitudes, comme si l'horizon s'étendait.
    Moi qui n'avait pour moi, que ces rêves inventés, qui me tenaient à l'abri, de courts instants, de ces maux qui me retournent l'intérieur.
    Le temps est à la réflexion, peut être au repos.
    Mon esprit reste cependant en alerte, vigilant et réactif.
    Laisser l'instant passé comme une cicatrice que je traînerais dans ma vieillesse.
    Comme une aiguille aiguisée, qui nous aura percé la vie à en faire couler la souffrance.

    Nous avons besoin d'aérer nos esprits et laisser nos cœurs s'épancher, se lâcher, se délivrer de tant de barbelés. 
    Nous voudrions enfin déposer ce sac beaucoup trop lourd d'émotions emprisonnées.
    Nous voulons les restituer autrement.
    Nous ne voulons plus avoir peur des retours de manivelle, ni de ce poids de malheur qui nous attire au plus bas.
    Je ne veux pas me sentir invulnérable parce que j'aurai tout perdu.
    Je veux ressentir que je laisse derrière moi, une guerre que nous aurions gagné, mes filles et moi, grâce aux amis restés auprès de nous malgré le malheur, car lorsque l'on est en chute libre et dans le noir, avoir une main qui vous frôle est très important.
    Il y a carrément ceux qui ne l'étaient pas avant cela et qui sont venus à nous volontairement, pour nous soutenir, remplaçant ainsi ce qui nous ont fuient.
    Un énorme coup de cœur à l'équipe du Docteur Pommereau et lui-même bien sûr, sans qui rien n'aurait été possible.
    Ils ont fait le même métier que ceux qui nous ont enfoncés dans l'effroyable.
    Mais, ils l'ont fait d'une façon si différentes, ce qui a fait de nos vies, toute la différence.
    Avec un résultat différent !
    Lorsque l'on connait le goût de l'enfer, de la peur, de l'impensable, de l'inacceptable, de l'abandon, de l'incompréhension, de la cruauté, de l'ignorance, de l'indifférence, de la folie de ceux qui ont le pouvoir on ose outrepasser la bien-saillance et dire haut et fort que nous vous gardons dans nos cœurs, parce que vous avez été notre bouée de sauvetage.
    Grand respect à toi ma fille !
    Tu as tenue dans l'horreur, dans les moqueries, dans l'ignorance, dans la méchanceté, dans l'indifférence, dans tes études, obtenant les diplomes, le bac S, le concours à l'école d'infirmière, allant jusqu'à valider ta première année, en même temps que tu combattais l'enfer entre hôpitaux et folie des hommes.
    Ne craignez rien, je ne crie pas victoire, mais simplement, nous entrevoyons enfin un coin de ciel bleu et nous ne pouvons sous prétexte qu'il y a aussi des nuages, ne pas le regarder et pourquoi pas y croire !
    Je veux juste donner à ma famille, la part de bonheur à la quelle nous avons droit !

    Je ne peux réécrire certain passage de nos vie, bien que je le voudrais le faire... comme je ne peux empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais je peux en tout cas empêcher qu'ils fassent leur nids sur nos têtes...

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